
Prof. Fabien Stucker, médecin-chef du service de néphrologie du RHNe. © Guillaume Perret
Souvent silencieuses, les maladies rénales peuvent évoluer longtemps avant d’être détectées. À l’occasion de la 20e Journée mondiale du rein, célébrée ce jeudi 12 mars, le médecin-chef du service de néphrologie du RHNe rappelle le rôle essentiel des reins et les bons réflexes pour préserver leur santé.
Créée en 2006, la Journée mondiale du rein est célébrée chaque année le deuxième jeudi de mars. Son objectif : sensibiliser le public à la prévention des maladies rénales, qui touchent des millions de personnes dans le monde. Les reins jouent un rôle essentiel dans l’organisme : ils filtrent le sang, éliminent les déchets et l’excès d’eau sous forme d’urine, contribuent à l’équilibre des sels minéraux et participent à la régulation de la pression artérielle ainsi qu’à la production de certaines hormones.
Dépistage, facteurs de risque, hygiène de vie et prise en charge des maladies rénales : le Prof. Fabien Stucker, médecin-chef de service de néphrologie et hypertension du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe), fait le point sur les gestes qui permettent de préserver la santé des reins et sur les traitements aujourd’hui disponibles.
Quelles sont les affections les plus courantes qui peuvent toucher les reins ?
Prof. Fabien Stucker: Les reins sont touchés en premier lieu par les maladies affectant les vaisseaux sanguins, comme le diabète, l’hypertension, ainsi que le tabagisme, le cholestérol, etc. D’autres maladies peuvent être impliquées, comme celles touchant le système immunitaire, certaines maladies infectieuses ou génétiques. Certains traitements, également, peuvent endommager les reins.
«Les maladies rénales ne provoquent que tardivement des symptômes et ne causent, en règle générale, pas de douleurs.»
Pourquoi les maladies rénales peuvent-elles évoluer longtemps sans être détectées ?
Les maladies rénales ne provoquent que tardivement des symptômes et ne causent, en règle générale, pas de douleurs.
Certains signes doivent-ils alerter et inciter à consulter ?
Il n’y a pas de signes spécifiques, il est donc utile de faire un dépistage même en l’absence de symptômes.
À partir de quel âge, ou dans quelles situations, faut-il faire contrôler ses reins ?
Les recommandations actuelles de dépistage concernent les patients avec des facteurs de risque cardiovasculaires, les patients avec des antécédents personnels ou familiaux de maladie rénale, ou souffrant de maladies virales ou immunitaires pouvant toucher les reins, les patients ayant reçu régulièrement des médicaments ou des traitements néphrotoxiques, par exemple les AINS, les chimiothérapies, les patientes ayant présenté une pré-éclampsie ou les personnes nées prématurément.
Quelles habitudes peut-on adopter au quotidien pour préserver ses reins?
La préservation de la fonction de ses reins passe avant tout par des mesures d’hygiène de vie, notamment une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes, limitée en sel, en évitant les excès de protéines, l’éviction du tabagisme, une activité physique régulière – les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) proposent environ 150-300 minutes d’activité physique hebdomadaire modérée, soit environ 30 minutes par jour –, et le bon contrôle des facteurs de risque cardiovasculaires, notamment de l’hypertension, du diabète, de l’hypercholestérolémie, une bonne gestion du poids…
Comment se déroule le dépistage d’une maladie rénale ?
Par une prise de sang et un examen d’urines, en plus de la recherche de signes cliniques comme les œdèmes ou l’hypertension.
«Dans les stades avancés, les maladies rénales peuvent s’accompagner de fatigue, de nausées, et parfois de dyspnée voire de douleurs thoraciques.»
Lorsque les reins fonctionnent moins bien, quelles peuvent être les conséquences sur la santé globale ?
Les maladies rénales ont un impact sur tout l’organisme, notamment la fonction du cœur, des vaisseaux sanguins, des os… Elles sont associées à une hypertension artérielle, presque constante en cas de maladie avancée, et à une rétention d’eau et de sel (œdèmes). Les maladies rénales sont longtemps asymptomatiques, mais, dans les stades avancés, peuvent s’accompagner de fatigue, de nausées, et parfois de dyspnée voire de douleurs thoraciques.
Quelles sont aujourd’hui les principales options pour accompagner ou traiter une maladie rénale ?
En plus des facteurs évoqués plus haut, plusieurs nouvelles classes de médicaments ont montré ces dernières années un effet protecteur sur la maladie rénale, en particulier les inhibiteurs de SGLT2, les agonistes GLP-1, les bloqueurs du système RAA et en particulier du récepteur à l’aldostérone, etc.
Est-il possible de continuer à travailler et à mener une vie active avec une maladie rénale chronique ?
Oui, jusqu’à des stades avancés, il est possible de rester actif, y compris professionnellement. Quand la fonction rénale baisse en dessous de 20-30% d’une fonction rénale normale, la fatigue peut devenir importante et entraver les activités du quotidien.
«Mangez sainement, bougez, prenez soin de votre santé et faites-vous dépister si vous avez des facteurs de risque !»
Quels progrès ont été réalisés ces dernières années pour améliorer la prise en charge et la qualité de vie des patient·e·s ?
En plus des nouveaux traitements évoqués ci-dessus, de nouveaux traitements sont maintenant disponibles pour traiter les maladies rénales d’origine immunologique. Le développement de la dialyse à domicile fait également partie de ces progrès. Sur le plan de la dialyse conventionnelle, le développement de la dialyse incrémentale, soit adaptée, individualisée à la capacité résiduelle des reins de chaque patient, fait également partie des progrès permettant, chez certains patients, d’avoir un traitement de dialyse moins lourd avec le même impact sur la santé globale. Mais des grandes révolutions, attendues depuis longtemps, telles le rein artificiel implantable, la régénération des reins par culture cellulaire ou des greffes d’origine non humaines (xénogreffes) tardent encore à se concrétiser.
À l’occasion de la Journée mondiale du rein, quel message essentiel souhaiteriez-vous adresser au public ?
Mangez sainement, bougez, prenez soin de votre santé et faites-vous dépister pour la maladie rénale chronique si vous avez des facteurs de risque !



