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Une entrée unique pour les maladies vasculaires

11 Août 2022 | Actualités

En collaboration avec  

Par Brigitte Rebetez

Dr. Briner et son équipe de Chirurgie vasculaire. Pourtales, le 09 mars 2022. Photos © Guillaume Perret / Lundi13

Les maladies du système vasculaire disposent désormais de leur porte d’entrée au Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe). Un nouveau centre vasculaire pluridisciplinaire réunit des angiologues sur les sites de La Chaux-de-Fonds et Pourtalès (Neuchâtel), un radiologue interventionnel spécialisé, un chirurgien vasculaire, afin d’améliorer la consultation des plaies chroniques. À l’occasion, un neurologue ou un néphrologue peuvent être impliqués dans la prise en charge. Décryptage avec le coordinateur du centre, le Dr Lukas Briner, chirurgien vasculaire.

Quel est l’intérêt d’un centre vasculaire?
Il faut savoir que les traitements vasculaires impliquent trois spécialités médicales complémentaires, l’angiologie (qui s’occupe principalement des examens diagnostics), la radiologie interventionnelle ainsi que la chirurgie vasculaire (gestes interventionnels et opérations chirurgicales). Nous avons rassemblé nos compétences respectives pour créer un centre vasculaire pluridisciplinaire au RHNE. En plus de l’angiologie, la radiologie interventionnelle et la chirurgie vasculaire, il peut occasionnellement compter sur la présence d’un neurologue ou d’un néphrologue. Nous nous réunissons en colloque une fois par semaine pour analyser et discuter les cas complexes et définir la prise en charge. Est-ce que nous devons opérer? Et si oui, selon quelles techniques? En ouvrant ce centre, nous voulions créer une entrée unique pour toutes les affections vasculaires pour une prise en charge optimale. Les généralistes peuvent désormais adresser leurs patients au centre. Nous nous chargeons ensuite de poser le diagnostic et d’établir la prise en charge appropriée.

De quels types de pathologies s’occupe le centre vasculaire?
Des artériopathies occlusives, autrement dit des artères bouchées (qui sont principalement causées par le tabagisme, le diabète, l’hypertension, le cholestérol), mais également des artères devenues trop larges (anévrismes). Nous nous occupons bien sûr aussi des maladies veineuses, comme les varices. Dans ce domaine, de nouvelles pratiques comme les traitements endoveineux – par exemple la thermo-ablation ou la sclérothérapie – peuvent constituer une alternative à la chirurgie classique. Cela dit, toutes les pathologies ne nécessitent pas forcément une intervention: certaines doivent simplement être suivies ou alors traitées avec des médicaments spécifiques. Comme les troubles de la circulation génèrent des plaies et des ulcères, le centre a également intégré la consultation spécialisée des plaies chroniques.

De nouvelles pratiques, comme les traitements endoveineux, peuvent constituer une alternative à la chirurgie classique.” LUKAS BRINER CHIRURGIEN VASCULAIRE

Les techniques opératoires ont-elles beaucoup évolué ces dernières années dans le domaine de la chirurgie vasculaire?
 Absolument, car si la chirurgie vasculaire s’occupe des opérations chirurgicales classiques – comme un pontage dans une jambe en raison d’une artère obstruée – nous disposons aujourd’hui de techniques endovasculaires pour déboucher et dilater des rétrécissements dans les artères bouchées. Nous pouvons souvent combiner les deux techniques opératoires lors d’une même intervention. Les techniques ont également évolué pour la prise en charge des maladies anévrismales. Nous pouvons les traiter soit de manière chirurgicale avec résection et reconstruction, soit au moyen de techniques endovasculaires avec exclusion de l’anévrisme. Dans ce cas, une endoprothèse est introduite sans ouverture chirurgicale. La chirurgie vasculaire traite les artères du cou (carotide), l’aorte, les artères des membres supérieurs et les artères des membres inférieurs.

2 tiers des patients consultent le centre vasculaire pour un problème d’obstruction d’artère.

Quels sont les champs d’intervention de la radiologie interventionnelle et de l’angiologie?
La radiologie interventionnelle permet d’effectuer des gestes endovasculaires percutanées, c’est-à-dire sans ouverture chirurgicale. Dans notre centre vasculaire, nous nous occupons principalement des saignements actifs (embolisation des artères), notamment ceux de la rate ou d’autres organes, ainsi que des pathologies veineuses occlusives. Il s’agit par exemple de déboucher une veine cave avec la pose de stents (réd: il s’agit d’une petite prothèse tubulaire qui sert à maintenir ouvert un vaisseau). La radiologie interventionnelle permet également de mettre en place des filtres caves chez les patients qui ont une thrombose. L’angiologue, quant à lui, se charge principalement d’établir le diagnostic. Il effectue des bilans vasculaires pour toutes les pathologies artérielles et veineuses, comme les varices. Il s’occupe également du suivi des traitements médicamenteux spécifiques.

Quel est le profil des patients du centre?
Environ deux tiers d’entre eux viennent pour des problèmes d’obstruction d’artères et un tiers pour des anévrismes. Généralement, les patients ont cinquante ans et plus, car les symptômes s’accentuent avec le temps. Ils sont même souvent très âgés. L’hygiène de vie est primordiale pour prévenir les maladies des vaisseaux sanguins, qui sont typiques des pays industrialisés.

Prévenir toujours et encore

Fléau des pays industrialisés, la plupart des maladies cardiovasculaires découlent de l’artériosclérose, fait savoir Swissheart, la Fondation suisse de cardiologie. Cette maladie progressive et chronique se traduit par une accumulation de corps gras et de cholestérol sur la paroi des artères qui finit par entraver la circulation sanguine. Avec le risque, en fin de compte, d’aboutir à une maladie coronarienne ou un AVC (lorsqu’une plaque se détache pour former un caillot). Selon les données de l’OFS, les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de décès et la troisième cause d’hospitalisation dans notre pays. Le tabagisme, l’hypertension, le cholestérol, le diabète, la sédentarité, le stress figurent parmi les principaux facteurs de risque. La prévention passe notamment par une bonne hygiène de vie. Sans surprise, la liste des mesures principales comprend le sevrage du tabac, une alimentation équilibrée pauvre en sel, la perte des kilos superflus et une activité physique régulière (au moins 2 heures et demie par semaine). Swissheart explique que le mouvement a pour effet d’améliorer la tension artérielle et la cholestérolémie, de surcroît son impact est favorable sur le stress.