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Radiumineuses - image générée par ChatgpT

Une journée pour choisir une action concrète contre le cancer

Par PD Dre Alix Stern, médecin-cheffe du département d’oncologie, RHNe

Le 4 février, la Journée mondiale contre le cancer nous rappelle une idée simple mais essentielle : la lutte contre le cancer nest pas une affaire réservée aux spécialistes, cest une responsabilité partagée.

 

PD Dre Alix Stern, médecin-cheffe du département d'oncologie du RHNe

PD Dre Alix Stern, médecin-cheffe du département d’oncologie du RHNe © Guillaume Perret

Observée chaque année pour sensibiliser, encourager la prévention et mobiliser l’action, la Journée mondiale contre le cancer est portée par l’Union internationale contre le cancer (UICC) et s’inscrit dans une histoire qui débute en 2000, avec la Charte de Paris et la volonté de fédérer une mobilisation internationale durable.

Dans un hôpital, on le voit très concrètement : une information claire, un accès facilité, un rendez-vous pris à temps peuvent changer une trajectoire de vie. On y parle science, organisation, moyens, mais aussi écoute et dignité, parce que la maladie n’efface jamais la personne. Et, au fond, c’est à cela que sert cette journée : transformer un sujet lourd en actions réalistes, à taille humaine.

Pour illustrer ce que signifie réellement prévenir, je vais vous raconter l’histoire des radiumineuses, un chapitre industriel lié à l’Arc jurassien et qui résonne également dans le canton de Neuchâtel. Ces ouvrières appliquaient au pinceau une peinture au radium sur des cadrans et des aiguilles afin de les rendre luminescents. Ce travail demandait une précision extrême et il a représenté pour beaucoup une forme de compromis possible entre vie privée et activité rémunérée, grâce à une organisation compatible avec des contraintes familiales.

« Dans un hôpital, on parle science, organisation, moyens, mais aussi écoute et dignité, parce que la maladie n’efface jamais la personne. »

Je n’ai pas la prétention d’être spécialiste en histoire, et ce n’est pas mon objectif ici. Mon but est de rappeler une chose très simple : ce qui semble anodin au quotidien, ce qui ne saute pas aux yeux, ce qui ne semble pas dangereux à l’œil nu, n’est pas forcément sans risque. Et c’est précisément pour cela que la prévention compte.

Radiumineuses au travail - image générée par IA

Trois radiumineuses au travail (image générée par intelligence artificielle)

Ce qui rend l’histoire des radiumineuses si frappante, c’est que l’exposition ne se voyait pas et, au début, ne faisait pas mal. L’inhalation, ou même l’ingestion de particules selon les pratiques de l’époque, ont eu des conséquences de santé graves. On parle d’atteintes du sang avec anémie, de lésions osseuses, de nécrose de la mâchoire et de cancers des os, souvent après un long délai. Le piège réside précisément dans ce décalage : on peut ne rien sentir tout en accumulant un risque. Il ne s’agit pas de rejuger le passé, mais d’expliquer un mécanisme qui reste d’actualité. Le tabac, l’alcool, certaines expositions ou un cancer à un stade précoce peuvent eux aussi rester silencieux longtemps, ce qui explique l’importance de la prévention et du dépistage.

« L’invisible se combat mieux quand on choisit d’agir avant qu’il ne fasse du bruit. »

C’est dans cet esprit que la Journée mondiale contre le cancer met en avant l’idée United by Unique : unis par un objectif commun, tout en reconnaissant que chaque personne a une histoire, des contraintes, une famille, un travail et des besoins spécifiques. Cette approche centrée sur la personne est particulièrement concrète lorsqu’on parle de santé des femmes, où une part essentielle se joue dans des actions simples, mais décisives. Pour le cancer du col de l’utérus, la combinaison de la vaccination contre le HPV et du dépistage permet d’éviter une grande part des cas, à condition que l’information soit claire et que l’accès soit réellement facile. Pour le cancer du sein, la mammographie de dépistage, quand on est dans les tranches d’âge et situations concernées, vise à détecter plus tôt, avec tout ce que cela change pour les traitements et la suite. Cela suppose des parcours lisibles, des délais raisonnables, et une information compréhensible, pour que l’unique de chacun ne devienne pas un obstacle.

Alors, que peut-on faire de plus simple, dès aujourd’hui, sans chercher à être parfait-e ? D’abord ne pas fumer, ou se faire aider pour arrêter, parce que c’est le levier individuel le plus puissant. Ensuite, réduire l’alcool, bouger un peu chaque jour, se protéger des UV et suivre les vaccinations pertinentes selon les recommandations. Quand on est concerné-e, participer aux dépistages recommandés, parce que détecter plus tôt change souvent tout, parfois avant même l’apparition de symptômes.

Pour les professionnel-le-s, l’action la plus simple peut être une phrase claire et une orientation précise ; pour les employeurs, une flexibilité concrète ; pour les décideurs, des parcours plus lisibles, des délais réduits et des barrières levées. La journée du 4 février n’exige pas vingt-quatre actions : elle demande d’en choisir au moins une, réalisable, et de s’engager à la poursuivre le lendemain. Et si l’on retient une idée de l’histoire des radiumineuses, c’est peut-être celle-ci : l’invisible se combat mieux quand on choisit d’agir avant qu’il ne fasse du bruit.

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