Séjourner à la maternité en couple? C’est désormais possible grâce à des chambres parentales. Dans un contexte de natalité en baisse, attirer les futures mères est important pour maintenir des prestations de pointe comme la néonatologie.
On y arrive en couple, on en repart parents: la maternité est un lieu à part, où l’on vit des émotions uniques. Une expérience que les futures mères souhaitent aborder avec une liberté de choix, dans un cadre sûr et serein. C’est en tout cas ce que veut offrir la maternité du RHNe qui place l’écoute et la personnalisation au cœur du parcours de naissance, comme en témoignent les nouvelles prestations hôtelières pensées pour rendre le séjour encore plus agréable.
À commencer par l’aménagement de chambres parentales, qui permettent au co-parent de rester aux côtés de la maman jour et nuit (lire encadré ci-dessous), et jusqu’à des attentions spéciales offertes aux parents: par exemple un bon de 20 francs pour une soirée au restaurant, qu’ils peuvent utiliser immédiatement — avec la complicité des sages-femmes pour le baby-sitting — ou plus tard (lire encadré ci-dessous), ainsi qu’une séance photo professionnelle.
« Les projets de naissances sont très variés. Cela va du désir de l’accouchement physiologique à la demande de la césarienne d’emblée. »
Dans le service, c’est plus qu’un accouchement qui se prépare: tout le parcours est pensé pour veiller à la santé et au bien-être de la mère et de son bébé. À 34 semaines de grossesse, les parents sont reçus en consultation par une sage-femme, y compris ceux qui envisagent un accouchement en maison de naissance ou à domicile. «Les projets de naissances sont très variés, résume Sabine Illide Boulogne, sage-femme cheffe du département femme-mère-enfant. Cela va du désir de l’accouchement physiologique à la demande de la césarienne d’emblée. Cela dépend des couples et des histoires de vie.»
L’entretien, qui dure une heure, vise à faire connaissance, à établir le projet de naissance et cibler le risque de dépression périnatale à partir d’un outil d’auto-évaluation. Il permet d’anticiper d’éventuels problèmes, bien avant l’accouchement.
Il arrive parfois qu’une future mère ait besoin d’une attention particulière. Pour y répondre, la maternité propose des entretiens prénataux précoces (dès 22 semaines). «Angoisses, souvenir mitigé d’un accouchement précédent, isolement social, addiction… Même en cas de difficulté, la grossesse est souvent un moment où les femmes osent parler, constate la sage-femme. Nous pouvons mettre en place un suivi ou les orienter dans le réseau. Le but étant de les accompagner le plus tôt possible pour offrir un encadrement adapté.»
Cette approche proactive a notamment conduit la maternité à créer une structure pour assurer un appui aux femmes avec des vulnérabilités ou à risques de vulnérabilité psycho-sociale. «Certaines d’entre elles ont connu des histoires très difficiles et doivent être accompagnées afin que le lien parent-enfant n’en soit pas affecté.»

Sabine Illide Boulogne, sage-femme cheffe du département femme-mère-enfant (à g.) et Dre Romina Capoccia Brugger, médecin-cheffe du service d’obstétrique © Guillaume Perret
Salle d’accouchement nature: et de deux!
Dans un souci de personnalisation, la maternité propose différentes prestations telles que l’hypnose, l’acupuncture, la préparation à la naissance en piscine ou la césarienne douce. Un esprit d’ouverture incarné par l’Espace AVA (Accueillir la vie autrement) créé en 2016 dans la zone des salles d’accouchement. Il s’adresse aux femmes qui souhaitent donner la vie de manière physiologique, avec les ressources de sécurité (anesthésiste, obstétricien-ne, pédiatre) à proximité.
En 2023, 49 bébés y sont nés, mais la fréquentation réelle est plus élevée si l’on tient compte de la vingtaine de parturientes ayant quitté la filière en cours de travail pour bénéficier d’une péridurale. Dans cet espace dédié, les sages-femmes et les nurses proposent différentes approches pour soulager la douleur. Une seconde salle d’accouchement «nature» vient d’être installée: équipée d’une baignoire et d’un lit double, elle vise à offrir un confort accru aux couples.
«L’Espace AVA est vraiment une bonne option, la sécurité est la même que pour un accouchement classique. Il ne sert à rien de surmédicaliser des situations qui ne le nécessitent pas, y compris dans la filière traditionnelle», souligne la Dre Romina Capoccia Brugger. Les femmes enceintes tentées par cette voie peuvent prendre rendez-vous dès leur 24e semaine de grossesse, un délai confortable pour rencontrer les sages-femmes de la filière et préparer leur projet de naissance.
Chambres parentales: un cocon pour trois
La maternité s’est dotée de plusieurs nouveautés hôtelières, pensées pour améliorer le confort et le bien-être des jeunes parents. La plus marquante: la création de chambres parentales équipées pour accueillir les conjoint-e-s. Une initiative qui permet au couple de vivre les premiers jours avec son enfant dans une atmosphère intime, comme dans un cocon. «Nous pensons que cette possibilité peut véritablement améliorer le confort des parents, mais aussi celui du bébé, souligne la Dre Romina Capoccia Brugger. À l’instar de la deuxième salle d’accouchement «nature» qui vient d’être aménagée avec une nouvelle baignoire et un lit nuptial, nous avons encore beaucoup d’idées. C’est un aspect important de la philosophie du service!»
Après un essai pilote en juin, quatre chambres ont été transformées pour être en mesure d’accueillir les deux parents aux côtés du nouveau-né dès la mi-août. Un espace intime, où le couple peut apprivoiser ensemble les premiers gestes, entouré et guidé par les équipes médico-soignantes.
Ce temps partagé devient un véritable tremplin pour renforcer la confiance en soi, s’initier à son nouveau rôle et poser les bases d’un équilibre. Le co-parent peut séjourner dans la chambre pour le prix de 200 francs par nuit, petit-déjeuner compris. Si la maman est en chambre privée, cette option est offerte à son/sa partenaire.

La sécurité au cœur du dispositif

La médecin-cheffe du service d’obstétrique rappelle que l’immense majorité des accouchements se déroulent sans accroc. «La naissance fait l’objet d’un suivi médico-soignant centré à la fois sur la santé du bébé, le bien-être de la maman et la gestion de sa douleur. Si tout se passe bien, pas besoin d’intervention médicale.» Par contre, la spécialiste de médecine fœto-maternelle souligne l’importance d’avoir un bloc opératoire et des compétences – anesthésiste et néonatologue notamment – à proximité: bien que rares, certaines complications comme le décollement du placenta ou la pré-éclampsie requièrent une intervention immédiate.
« Nous adaptons constamment les protocoles de prise en charge pour rester à jour avec les directives nationales et internationales »
Assurer la sécurité, c’est un travail de l’ombre, discret mais indispensable. «Nous adaptons constamment les protocoles de prise en charge pour rester à jour avec les directives nationales et internationales», explique la Dre Capoccia Brugger.
Cela passe aussi par des simulations pour entraîner les équipes à gérer des situations critiques. «Entre sages-femmes, médecins et anesthésistes, nous nous exerçons sur la base de scénarios où les minutes sont comptées, pour être prêts à toute éventualité, hémorragie ou présentation inhabituelle du bébé par exemple, illustre Sabine Illide Boulogne. D’ailleurs quand le SMUR est appelé pour une femme en travail, une sage-femme accompagne l’équipe, ce qui n’est pas le cas partout en Suisse.»
Ce soir, on sort au restaurant !
Et pour que l’arrivée de bébé rime aussi avec petits plaisirs gustatifs en tête-à-tête, les jeunes parents reçoivent un bon de 20 francs pour une soirée au restaurant. Ils peuvent en profiter durant leur séjour à la maternité — avec baby-sitting assuré par les sages-femmes — ou plus tard, puisque le bon reste valable pendant douze mois. Il peut être utilisé dans l’un des restaurants partenaires de l’association professionnelle GastroNeuchâtel.
Une autre attention originale est offerte par la maternité à toutes les nouvelles mamans depuis novembre 2024: il s’agit d’une séance photo du bébé réalisée par une professionnelle. Une image qui immortalise la magie des premiers instants, c’est un souvenir que les parents apprécient tout particulièrement.
Quel avenir pour la néonatologie?
Partie intégrante du dispositif de la maternité, la néonatologie joue un rôle central dans la sécurisation des accouchements. Avec son accréditation de niveau IIB, ce service est habilité à assurer les soins médicaux des bébés dès 32 semaines de grossesse (lire encadré ci-dessous). «Pour une maternité, c’est indispensable de pouvoir compter sur la proximité de néonatologues 24h/24, souligne la Dre Capoccia Brugger. Car même quand un accouchement se passe bien, le bébé doit parfois être pris en charge en néonatologie. Un transfert post-natal est toujours moins bon.»
Reste que l’avenir du service suscite des craintes, en raison du déclin de la natalité et de la concurrence entre maternités qui en découle. Comme partout en Suisse, les naissances ont encore diminué l’an dernier au RHNe: elles sont passées de 1300 en 2019 à 1081 l’an dernier. Un chiffre qui se rapproche du seuil des mille naissances indispensables pour le maintien de la néonatologie… De quoi alimenter les inquiétudes, non seulement sur la pérennité du service mais aussi sur l’attractivité du département. «Sans néonatologie, il serait plus difficile de maintenir les compétences médico-soignantes, souligne la médecin-cheffe du service d’obstétrique. Et il faut assurer la relève pour pouvoir préserver une bonne qualité de soins!»
Un entretien post-partum pour parler de son vécu
Cet univers complexe de la maternité fait appel à de nombreux-ses spécialistes: nurses, sages-femmes, obstétricien-ne-s, pédiatres, pédopsychologues, physiothérapeutes ou diététicien-ne-s. C’est une équipe pluridisciplinaire et soudée qui est impliquée, sans compter les interventions ponctuelles de pédopsychiatres, endocrinologues, ophtalmologues, cardiologues,…
Durant le séjour, la santé de la mère et de l’enfant fait l’objet d’une attention constante. On assiste les mamans pour la mise en place de l’allaitement, en veillant à leur bien-être et leur état psychologique. L’accent est aussi mis sur le vécu des parents, au cœur de la philosophie des soins. Un entretien post-partum est ainsi proposé aux femmes qui ont eu un accouchement vécu comme difficile. Conduit par des sages-femmes spécialement formées, il se déroule 6 à 8 semaines après la naissance et peut déboucher sur un suivi personnalisé.
Au sortir de la maternité, la plupart des mamans choisissent d’être suivies par une sage-femme indépendante. Son rôle la met en première ligne pour assurer la continuité de l’accompagnement et repérer une éventuelle dépression périnatale. En cas de besoin, l’équipe organise le retour à domicile en concertation avec la sage-femme indépendante: cela peut s’avérer utile quand un bébé est né avec un faible poids par exemple ou si une maman nécessite un soutien psycho-social. Comme l’observe Sabine Illide Boulogne, «la maternité, ce n’est pas toujours un panier douillet avec de la dentelle, d’où l’importance de miser sur une prévention globale.»
Néonatologie: des soins aigus de proximité pour les nourrissons et prématuré-e-s
Le service de néonatologie du RHNe bénéficie d’une certification IIB, qui lui permet de prendre en charge des prématuré-e-s dès 32 semaines de grossesse et 1250g (ou 30 semaines/1000g sur proposition d’un centre universitaire) ainsi que des enfants relevant de soins intermédiaires.
Cette accréditation impose des critères portant sur la formation du personnel médico-soignant, les intervenant-e-s (radiologie, physiothérapie, etc.) et le plateau technique. Si la plupart des naissances se déroulent sans encombre, environ 10% des bébés ont besoin des soins néonataux spécifiques, dont quelques-uns des soins aigus très immédiats considérés comme essentiels.
Rester proches
Disposer d’un tel service à proximité immédiate de la maternité constitue un atout très important: les nourrissons admis en néonatologie restent proches des parents plutôt que de nécessiter un transfert, évitant du coup aux parents l’expérience bouleversante de voir partir leur bébé en ambulance ou en hélicoptère…
Une collaboration rapprochée entre les équipes pédiatrique et obstétrique permet de faciliter le suivi des nouveau-nés, qu’ils soient à la maternité ou en néonatologie. Sans compter les liens directs avec les unités universitaires qui simplifient la coopération lors de prises en charge nécessitant un accueil aux soins intensifs.
Une phase d’adaptation
Tout nouveau-né vit une phase d’adaptation à la vie extra-utérine qui implique une observation fine pour vérifier que les étapes se déroulent correctement. Si un retard est détecté, des mesures simples – comme une stimulation ou une aspiration – suffisent généralement, sans recours à des soins plus invasifs. D’où l’importance de disposer de personnel spécifiquement formé et disponible immédiatement.
Mais quand ces gestes ne suffisent pas, des mesures plus importantes (soutien à la respiration par exemple) doivent intervenir rapidement. «On constate que si une première étape n’est pas faite correctement, les suivantes seront aussi péjorées, avec le risque d’une insuffisance cardio-respiratoire d’évolution très rapide, indique la Dre Laurence Racine, médecin-cheffe du département de pédiatrie du RHNe. C’est pourquoi il est essentiel d’avoir des équipes entraînées à la réanimation néonatale pour éviter qu’une situation évolue vers une insuffisance cardio-respiratoire ou une asphyxie néonatale.»
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