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Aux urgences, les patients sont pris en charge par ordre de priorité médicale selon l’échelle suisse de tri. © Guillaume Perret

Pourquoi je continue d’attendre aux urgences ?

Par Brigitte Rebetez, en collaboration avec Arcinfo

Les urgences du RHNe sont toujours plus sollicitées. Pour traiter les cas non vitaux, les permanences Reso.ne des Cadolles et de La Chaux-de-Fonds ont été renforcées avec du personnel, un plateau d’imagerie et un laboratoire.

 

À l’hôpital de Bastia, il n’est plus possible d’accéder aux urgences, sauf en cas de détresse médicale critique. Un appel à une centrale permet d’être orienté par un médecin vers la solution adaptée, pharmacie, consultation ou médecin de garde… Introduite l’an dernier, la mesure est révélatrice de la pression qui pèse sur les urgences hospitalières. Sans connaître les mêmes tensions que l’établissement corse, les urgences du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe) enregistrent un temps moyen de séjour en hausse constante, tout comme la fréquentation.

+37% : C’est la hausse de la fréquentation des urgences de Pourtalès entre 2017 et 2025.

Dr Vincent Della Santa  © Guillaume Perret

Dr Vincent Della Santa © Guillaume Perret

Entre 2017 et 2025, le nombre de consultations s’est accru sur tous les sites: +13% à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds, +11% à Couvet et même +37% à Pourtalès (Neuchâtel). En moyenne 20% des patients reçus sont hospitalisés.

Aux urgences, le premier arrivé n’est pas le premier servi. Les patients sont pris en charge par ordre de priorité médicale, selon l’échelle suisse de tri. Les cas sont classés du niveau 1, pour les détresses vitales, au niveau 4, où la prise en charge peut être différée. En collaboration avec la Société neuchâteloise de médecine, des services de garde sont assurés les soirs de semaine, les week-ends et jours fériés aux hôpitaux Pourtalès et de La Chaux-de-Fonds pour les situations non vitales, sur rendez-vous uniquement (appeler le 0848 134 134).

Boom depuis le Covid

«L’activité a bondi depuis le Covid», constate Vincent Della Santa, médecin-chef du département des urgences, en avançant plusieurs explications. «La part des patients âgés avec des maladies chroniques progresse, tandis qu’on fait face à un affaiblissement de la médecine de premier recours et une diminution des alternatives qui reçoivent en dehors des heures de bureau.» Le médecin-chef signale que l’attente ne s’arrête pas à l’accueil: il existe des files cachées dans le parcours de soins (attente radio, avis des spécialistes, retours de labo, etc.). Chez les patients polymorbides, les investigations sont souvent plus complexes, ce qui peut allonger les délais.

«La part des patients âgés avec des maladies chroniques progresse, tandis qu’on fait face à un affaiblissement de la médecine de premier recours», Dr Vincent Della Santa

Au premier semestre 2026, la durée médiane totale de prise en charge des cas de degré 3 a atteint 3h23 après le triage, soit 18% de plus qu’en 2024. Directrice adjointe à la direction médicale, Pascale Giron-Lanctuit rappelle que les urgences de l’hôpital «sont dimensionnées et équipées pour des cas graves dont la prise en charge ne peut s’effectuer nulle part ailleurs.» La réalité, c’est que les patients ont peu d’autres alternatives. De ce fait, le RHNe cherche à désengorger les urgences en orientant les cas non vitaux vers d’autres structures, afin de recentrer l’hôpital sur les prises en charge complexes nécessitant des compétences pluridisciplinaires. «Le constat est partagé par les autorités et tous les acteurs de la santé, dit-elle. Mais mettre ce projet en œuvre exigera un certain délai.»

Permanences renforcées

Pascale Giron-Lanctuit © Guillaume Perret

Pascale Giron-Lanctuit © Guillaume Perret

Une étape vient d’être concrétisée avec le renforcement des permanences Reso.ne (réseau cantonal de soins ambulatoires géré par le RHNe, anciennement Volta) des Cadolles, à Neuchâtel, et de La Chaux-de-Fonds, rue Numa-Droz 187. Elles reçoivent sans rendez-vous de 7h30 à 18h30, du lundi au vendredi. Les médecins qui y consultent proviennent principalement des urgences du RHNe, c’est la même équipe.

«Les urgences de l’hôpital sont dimensionnées et équipées pour des cas graves», Pascale Giron-Lanctuit

Plateau technique, imagerie et infirmières spécialisées dans le traitement des plaies: ces permanences disposent de tout le nécessaire pour prendre en charge les situations non vitales. «Capables de traiter les traumatismes légers comme les coupures, entorses ou contusions, elles proposent une offre de soins élargie par rapport aux cabinets de médecine générale, explique Pascale Giron-Lanctuit. C’est l’équivalent des voies vertes, qui sont fréquemment congestionnées.»

En plus des surcharges saisonnières, les pics d’activité se sont multipliés, passant à 3-4 par semaine. «Les fins de journée sont nos heures de pointe! Le moins bon moment pour venir aux urgences, c’est en sortant du boulot. Lorsque l’affluence est forte, nous devons avant tout garantir la sécurité, même si cela se fait parfois au détriment du confort», regrette le Dr Della Santa. Avec la multiplication des patients polymorbides, le défi majeur consiste à repérer, parmi les situations de degré 3, les profils à surveiller de près. «Il y a des degrés 3 plus urgents que d’autres, nous devons les détecter.» Une vigilance qui mobilise davantage de ressources médico-soignantes. Les équipes ont d’ailleurs été très sollicitées durant la canicule estivale, car les consultations ont progressé de 10%, notamment en raison de la vulnérabilité des seniors face aux fortes chaleurs.

Les urgences, c’est une soixantaine de médecins et 170 infirmiers et ASSC répartis sur cinq sites (RHNe et Reso.ne), dont les quatre équipages du Smur (3 pôles en activité 24h/24 + une permanence). Ces derniers réalisent 2700 interventions par an, sans compter les transferts médicalisés de patients vers un hôpital universitaire, en forte hausse.

Monruz en ligne de mire

Pour fluidifier les parcours, le service mise notamment sur une organisation en filières, tout en explorant d’autres voies. Une application d’autoévaluation, utilisée à Genève, est en cours d’examen. Complémentaire au tri de la Centrale téléphonique des médecins de garde (CTMG), elle aiderait le patient à identifier où il doit être vu et dans quel délai. Mais la clé de voûte pour désengorger les urgences, c’est le centre de soins ambulatoires en chantier à Monruz. Adossé à un plateau d’imagerie complet et des laboratoires, un espace sera dévolu aux consultations sans rendez-vous. Cela permettra à l’hôpital, à moyen terme, de se concentrer sur les patients en urgence vitale ou en situation complexe.

 

 

Urgences: mode d’emploi

  • Voiture du SMUR © Guillaume PerretPour toute suspicion d’urgence vitale, composer le 144.
  • En cas d’urgence non vitale, s’adresser d’abord à son médecin traitant.
  • Si absence de réponse, composer le 0848 134 134, numéro de la Centrale téléphonique des médecins de garde (CTMG). Au bout du fil, des infirmières spécialistes du tri qui sont en mesure d’orienter le patient vers le bon prestataire, permanence médicale, voie verte de l’hôpital voire pharmacie.
  • Les pharmaciens peuvent examiner et traiter différentes affections aiguës lors d’un entretien personnel, en principe dans une pièce à part. Ils sont autorisés à délivrer des médicaments soumis à ordonnance pour certaines affections, comme les infections urinaires simples.
  • La CTMG peut aussi orienter des patients vers des cabinets de groupe, qui gardent chaque jour quelques créneaux disponibles pour les situations prioritaires.

 

Conférence – Hôpital, permanences, médecins de famille : qui fait quoi en cas d’urgence ?

Dans le cadre des Jeudis du RHNe, la conférence de mars 2026 était consacrée aux différents dispositifs de prise en charge des urgences dans le canton de Neuchâtel. Face à un problème de santé urgent, vers qui se tourner ? Faut-il appeler le 144, consulter son médecin de famille, se rendre dans une permanence médicale ou aux urgences hospitalières ? Les intervenant-e-s ont fait le point sur les différentes possibilités et les bons réflexes à adopter.

La conférence peut être visionnée sur ce lien.

 

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