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L’hôpital s’investit pour former la relève médicale

10 Déc 2020 | Actualités

Grâce à des partenariats avec les Universités de Lausanne et Genève, le RHNe accueille plus de 200 stagiaires médecins par an. Rencontre avec deux étudiantes de 6e année, Delphine Cibotto et Phanie Bidlingmeyer

«Le challenge, quand on est face à un patient, c’est de cibler ce qui est important. De viser juste, sans en faire trop, ni passer à côté d’un élément déterminant.» Etudiante en 6e année de médecine à Genève, Delphine Cibotto est sur le point de terminer un stage de deux mois au département de médecine du RHNe. Six semaines de travail dans les unités de soins au chevet des patients hospitalisés, deux semaines aux urgences. En binôme avec un médecin assistant, elle s’est confrontée à tout l’éventail des tâches quotidiennes : visites médicales, suivi individuel des patients, réception de résultats de laboratoire, prescription d’imagerie pour n’en citer que quelques-unes.

«Une fois leur formation terminée, les jeunes praticiens seront plus enclins à s’établir dans la région »

«Après quelques jours de mise au courant, j’ai pu suivre un ou deux patients sans supervision directe. Je m’entretenais avec le médecin assistant ou un chef de clinique pour discuter des questions qui se posaient. Si j’estimais qu’un examen d’imagerie ou une analyse était nécessaire, je m’en référais à eux pour la validation, car les prescriptions doivent émaner d’un médecin.»

Etudiante à la faculté de Lausanne, en 6e également, Phanie Bidlingmeyer a suivi un stage en octobre 2019 au sein du département de chirurgie à Pourtalès. Un mois de formation qu’elle a trouvé dynamique : «Le travail était très diversifié, avec visites des patients à l’étage, passages au bloc opératoire, consultations pré-hospitalières et en polyclinique ambulatoire. Ce stage à Neuchâtel s’est avéré très intéressant, car on nous laissait une certaine autonomie». En tenue stérile au bloc opératoire, l’étudiante a la possibilité d’«assister le chirurgien avec certains gestes, comme tenir les écarteurs ou finir une suture. En tant que stagiaire, j’étais aux premières loges : j’ai pu suivre les interventions du début à la fin, avec les explications des médecins.»

Les étudiantes ont pu s’exercer aux examens cliniques, tout en se frottant aux complexités du métier. Des exemples ? Se familiariser avec le nom des médicaments ou utiliser les bons termes en s’entretenant avec un patient. Ou apprendre quels traitements peuvent être administrés simultanément pour des patients qui cumulent plusieurs pathologies.

L’objectif de la 6e année, entièrement dévolue à la pratique, est précisément de confronter les futurs médecins aux réalités du terrain. Les étudiants enchaînent les immersions d’un à trois mois dans divers services hospitaliers en Suisse, voire à l’étranger. Durant leurs stages, ils accompagnent en principe un médecin assistant qui leur est attribué. C’est l’occasion de se familiariser avec la prise en charge d’une personne au moment de son hospitalisation, les colloques et de découvrir, aussi, comment fonctionnent les départements.

«Même s’ils maîtrisent des éléments théoriques, les stagiaires ne savent pas encore comment gérer le patient au jour le jour. A l’université, ils ont eu des cours sur le cancer du poumon, le diabète, l’hypertension mais dans les services, ils vont découvrir les comorbidités : ils seront confrontés à des malades qui ont toutes ces pathologies à la fois», illustre le professeur Hervé Zender, chef du service de médecine sur le site de La Chaux-de-Fonds.

L’immersion à l’hôpital permet aussi aux étudiants de «se confronter aux réalités sociales de la patientèle. Comme lorsqu’un malade refuse d’être dialysé, même s’il en a besoin… Aucune faculté n’apprend aux étudiants à gérer ce type de problème». Responsable de l’encadrement des stagiaires au sein du département de médecine, Hervé Zender relève que malgré un enseignement sur les aspects relationnels plus conséquent qu’autrefois, c’est dans les services que les étudiants apprendront «à interagir avec les gens» et «comment parler à un patient de son cancer incurable».

Les services de RHNe accueillent des étudiants dès la 3e année d’études, dont le nombre est défini dans des conventions établies avec les facultés de Lausanne et Genève. Les premiers stages sont courts et ciblés puis ils se rallongent. «Jusqu’à l’ELM (enseignement au lit du malade) de 3e année, les étudiants ont été plongés dans les livres. Lors de ce stage, ils enfilent la blouse blanche pour la première fois, c’est assez génial à voir ! Mais l’expérience est aussi difficile pour eux, car ils reçoivent beaucoup d’informations en même temps», raconte le Dr Alend Saadi, qui gère depuis 2016 la formation des stagiaires pour le département de chirurgie où il a la fonction de médecin-chef. «Si on ne leur donne pas quelques stratégies, la consultation simulée avec de vrais patients peut partir dans tous les sens. On leur fournit aussi des pistes pour expliquer comment être à l’écoute du patient, sans les brusquer». Dans la grande majorité du temps, les patients sont réceptifs et acceptent volontiers de jouer le jeu.

La formation constitue l’une des missions du RHNe, qui est reconnu de niveau A pour certaines disciplines au même titre que le CHUV ou les HUG. Parmi les exigences qui en découlent figurent un voire deux cours quotidiens. Ils sont délivrés par les médecins-cadres de l’hôpital aux médecins assistants et stagiaires. Beaucoup sont d’ailleurs suivis en visio-conférence à partir des différents sites du réseau hospitalier cantonal. «Nous donnons beaucoup de formations, tant aux étudiants en médecine qu’aux médecins assistants, infirmiers ou physiothérapeutes. Cela représente un certain investissement en temps», commente le Dr Zender, «mais c’est quelque chose que nous apprécions parmi les médecins-cadres». Le Dr Alend Saadi précise que «pour chaque stage, les facultés ont établi des guidelines qui précisent ce qu’elles attendent de l’hôpital pour remplir les objectifs de formation».

Au sein des équipes, beaucoup de collaborateurs (y compris dans les secrétariats et l’administration) s’impliquent pour faire bon accueil aux étudiants de passage, à l’instar de la chirurgie qui leur fait parvenir leur planning à l’avance. Un e-mail est envoyé aux stagiaires une semaine avant leur arrivée, précisant le nom de leur futur référent, où ils trouveront leur badge. «Pour que leur séjour se passe au mieux, nous leur remettons un carnet qui explique la vie du service. Nous avons aussi décidé de leur attribuer un téléphone personnel afin qu’ils ne soient pas anonymes dans le service. On peut ainsi les appeler si on a quelque chose d’intéressant à leur montrer». Le médecin-chef ajoute que les stagiaires du département se voient également proposer systématiquement une heure de coaching individuel avec les professeurs Worreth ou Chautems.

«Outre le plaisir d’enseigner, les retombées pour l’hôpital sont indirectes, estime le Dr Zender. Les stages nous permettent de repérer les étudiants consciencieux, empathiques, fiables. Ils sont donc utiles pour recruter par la suite : un certain nombre de nos médecins assistants sont d’anciens stagiaires.» Pour sa part, le Dr Saadi observe qu’investir dans la formation permet à l’hôpital d’être attractif auprès de la relève.

«La satisfaction des stagiaires peut les inciter à revenir travailler comme médecin assistant. Au niveau du département de chirurgie, cet engagement porte d’ailleurs ses fruits : toutes les places de médecin assistant sont réservées pour les deux ans à venir.» Le médecin-chef indique qu’une fois leur formation terminée, les jeunes praticiens seront plus enclins à s’établir dans la région, «ce qui permet d’assurer la relève médicale.»

Phanie Bidlingmeyer juge très favorablement son mois passé en chirurgie. Au point d’affirmer que «si c’était à refaire, je programmerais plus de stages à Neuchâtel». Titulaire d’un master en biologie, la jeune femme qualifie la 6e de médecine d’«année extraordinaire». En plus d’être riches en enseignements, les stages – notamment les deux semaines en chirurgie vasculaire – ont éveillé son intérêt pour l’angiologie, «une spécialité de la médecine interne, qui englobe examens diagnostiques et interventions et qu’on peut pratiquer en tant qu’indépendant.»

Quant à Delphine Cibotto, qui a inclus dans son programme de 6e un mois dans un service d’urgences de Bruxelles et deux mois de médecine tropicale au Cameroun, elle envisage de se spécialiser en médecine interne par la suite. Comme pour Phanie, les stages hospitaliers sont à l’origine d’un choix qui va forcément influencer leur carrière future.