Le don d’organes reste entouré de nombreuses idées reçues. Qui peut donner, dans quelles circonstances et comment se déroule un don au RHNe ? Éclairage à l’occasion de la Journée nationale du don d’organes et de tissus.
Ce samedi 12 septembre, la Journée nationale du don d’organes et de tissus place la volonté de chacune et chacun au cœur de sa campagne : « Donneur ou non, exprime clairement ta position ». Car à défaut de la connaître, ce sont les proches qui devront se prononcer, dans un moment déjà éprouvant.
Fin juin 2026, 1201 personnes étaient en attente d’un don d’organes en Suisse, selon Swisstransplant, la fondation nationale qui gère l’activité de don d’organes. Lorsqu’un don est possible, les organes d’une seule personne peuvent permettre de transplanter jusqu’à neuf patient-e-s.
Dans quelles circonstances peut-on être donneur-euse ? Comment cela se passe-t-il concrètement au RHNe ? Emilie Truffa Dryepondt, infirmière spécialisée en soins intensifs et coordinatrice locale pour le don d’organes et de tissus, explique le processus et répond aux principales questions qui entourent le don d’organes.

Emilie Truffa Dryepondt
La population suisse a accepté en 2022 le principe du consentement présumé. Où en est aujourd’hui sa mise en œuvre et qu’est-ce que ce changement impliquera concrètement au RHNe ?
Emilie Truffa Dryepondt: En effet, la population suisse s’est majoritairement prononcée en faveur du consentement présumé en mai 2022. Toutefois, à ce jour, c’est toujours le consentement explicite qui reste d’actualité. Malheureusement, la date de mise en application du consentement présumé a à nouveau été reportée. Il devrait vraisemblablement être introduit au premier semestre 2028. Un nouveau registre sera également mis en place six mois avant par la Confédération. Il permettra à chacun de consigner sa volonté en matière de don d’organes et de tissus. Lorsque le consentement présumé sera introduit, toute personne de 16 ans et plus sera considérée comme donneuse d’organes et de tissus, à moins qu’elle ait documenté ou communiqué son opposition. Avec les campagnes de communication actuelles et à venir concernant le changement de loi, nous espérons augmenter le nombre de dons dans les années à venir.
En attendant l’entrée en vigueur de ce nouveau système, comment faire connaître sa volonté et pourquoi est-il si important d’en parler à ses proches ?
D’ici là, pour exprimer sa volonté, on peut remplir une carte de donneur dans laquelle on peut faire part aussi bien de son accord que de son refus au don d’organes. On peut également exprimer sa volonté dans le dossier électronique du patient ou dans ses directives anticipées. En tant que coordinatrices de don d’organes et de tissus, on insiste beaucoup sur la nécessité de réfléchir à ce que l’on souhaite pour soi, de se positionner et surtout d’en faire part à ses proches afin que ceux-ci soient informés de la décision qui a été prise. En effet, malgré le fait qu’une grande majorité de l’opinion publique se dise en faveur du don d’organes, on constate pas loin de 65% de refus du don d’organes lors des entretiens avec les proches quand le défunt ne s’est pas exprimé clairement sur son choix.
« Les contre-indications absolues au don d’organes sont peu nombreuses »
Quelles sont les contre-indications au don d’organes ?
Les contre-indications absolues au don d’organes sont peu nombreuses. Il s’agit des maladies à prions (Creutzfeldt-Jakob), de la rage et des infections systémiques graves. Même des personnes ayant un cancer actif peuvent parfois donner leurs organes. Contrairement à certaines croyances populaires, l’âge et l’appartenance à une religion ne sont pas en soi des contre-indications au don d’organes.
Dans quelles circonstances de décès un don d’organes est-il possible ?
Seul le décès d’une personne présentant une lésion cérébrale grave, qu’elle soit d’origine traumatique, en lien avec un accident vasculaire cérébral ou encore parce que le cerveau a été trop longtemps privé d’oxygène, et qui arrive aux urgences ou aux soins intensifs peut conduire à un don d’organes. Pour donner, il faut que les organes soient en bon état et maintenus perfusés et oxygénés. Ce n’est pas possible lorsqu’une personne décède dans les autres services de l’hôpital, dans d’autres institutions ou à domicile.
Lorsque la question du don se pose, comment accompagnez-vous les proches ? Est-ce différent lorsque la personne avait clairement exprimé sa volonté ?
Il n’y a pas de différence dans notre accompagnement des proches, que le patient ait clairement exprimé sa volonté ou non. Nous sommes présents pour soutenir les proches et répondre à toute question en lien avec le processus de don. Nous sommes également les garants du respect de la dignité du patient tout au long du processus.
Comment s’organise concrètement un don d’organes au RHNe ?
Lorsqu’un don d’organes est possible et que les proches ont donné leur accord, l’équipe médicale contacte le piquet de garde du PLDO (Programme latin de don d’organes : réseau régional du don d’organes dont dépend le RHNe) afin de le prévenir que nous avons un donneur potentiel. Le coordinateur de prélèvement se déplace alors sur site afin de coordonner toute l’activité de don, de l’évaluation des organes, en demandant notamment des examens cliniques et paracliniques supplémentaires, jusqu’à l’organisation du bloc opératoire pour le don, en passant par l’allocation des organes. Il fait le lien entre le RHNe, Swisstransplant et les centres de transplantation.
On parle moins souvent du don de tissus. Quelle place occupe-t-il au RHNe ?
Depuis 2022, un programme de don de cornées est en place au RHNe. Contrairement au don d’organes, qui nécessite que le décès ait lieu aux urgences ou aux soins intensifs, le don de cornées peut être réalisé chez toute personne qui décède au sein de l’hôpital et jusqu’à 24 heures post mortem. Toutefois, il existe de multiples contre-indications au don de cornées et elles sont très différentes des contre-indications au don d’organes. Le don de cornées permet aux personnes en attente d’une greffe de retrouver une certaine qualité de vie.
« Une de nos missions est de veiller à ce que le patient soit traité avec déférence et dignité »
Quelles craintes, interrogations ou idées reçues autour du don d’organes rencontrez-vous encore le plus souvent ?
Il y a souvent des idées reçues par rapport aux contre-indications. Nous avons vu qu’il y en a très peu. On peut avoir une maladie grave et souhaiter donner ses organes. Ce que l’on dit souvent avec ma collègue Marie-Pierre Chambet Cousin, c’est que l’essentiel est d’exprimer sa volonté. Au final, ce sont les médecins qui vont évaluer la santé des organes et qui décideront si le don est possible ou non.
Il y a aussi souvent une confusion entre le don d’organes et le don du corps à la science. Dans le cas du don d’organes, seuls les organes qui peuvent être transplantés sont prélevés. Le corps du défunt est ensuite restitué aux proches et les différents rites funéraires peuvent avoir lieu. En ce qui concerne le don du corps à la science, le corps du défunt est mis à disposition de l’enseignement médical durant plusieurs mois ou années, à des fins de formation pour les étudiants en médecine et en chirurgie. Le don du corps à la science nécessite un contrat préalable avec une unité d’anatomo-pathologie. Le don d’organes et le don du corps à la science sont toutefois compatibles.
Une des craintes que l’on peut rencontrer est que le corps du défunt ne soit pas respecté. Or, une des missions des coordinateurs de prélèvement est d’être garants du respect des volontés du patient et de veiller à ce qu’il soit traité avec déférence et dignité tout au long du processus de don.
Le thème de la campagne nationale 2026 est « Donneur ou non, exprime clairement ta position ». Qu’aimeriez-vous dire aux personnes qui n’ont pas encore fait cette démarche ?
Encore une fois, nous encourageons les gens à partager leurs volontés avec leurs proches. Lorsque la question du don d’organes et de tissus est abordée avec eux, cela peut être un vrai poids supplémentaire dans leur processus de deuil. En l’absence de directives claires du défunt, ils sont amenés à prendre une décision sans avoir de certitude sur ce que souhaitait réellement le défunt. C’est une décision difficile à prendre dans un moment déjà douloureux. C’est cette zone d’incertitude que nous cherchons à lever. En tant que coordinatrices de don d’organes et de tissus, il nous semble essentiel que chaque individu y réfléchisse et se positionne clairement, que ce soit en opposition ou en faveur du don.
Des stands d’information au RHNe
Dans le cadre de la Journée nationale du don d’organes et de tissus, des stands permettront de s’informer et d’échanger à l’entrée principale des sites RHNe de Pourtalès et de La Chaux-de-Fonds.
Rendez-vous à Pourtalès :
- le lundi 14 septembre 2026 de 9h à 12h
- le mardi 15 septembre 2026 de 9h à 11h
Rendez-vous à La Chaux-de-Fonds :
- le lundi 14 septembre 2026 de 16h à 17h
- le mardi 15 septembre 2026 de 10h à 12h

CONFÉRENCE – Don d’organes : et si c’était vous ?
Dans le cadre des Jeudis du RHNe, la conférence du 25 septembre 2025, présentée par Marie-Pierre Chambet Cousin et Emilie Truffa Dryepondt, coordinatrices du don d’organes au RHNe, Dre Marie-Eve Brunner, médecin-cheffe adjointe aux soins intensifs du RHNe et coréférente du don d’organes et Veronica Racine, double greffée rénale, détaillait le déroulement du don, ainsi que ses enjeux humains, médicaux et légaux.
La conférence peut être visionnée sur ce lien.



