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Août 31, 2026 | Actualités

Le lac de Neuchâtel s’invite aux soins intensifs du RHNe

Par Charlotte Rey-Chanex

Dans les chambres des soins intensifs du RHNe, sur le site de Pourtalès, les fenêtres n’offrent aucune vue sur l’extérieur. Un paysage lacustre familier et apaisant est désormais visible depuis les lits, grâce à une fresque réalisée par l’artiste neuchâtelois KESH. Rencontre avec l’infirmière Marie-Pierre Chambet Cousin, instigatrice du projet.

 

 

Le mur jaune et les plantes en plastique décolorées par le soleil, c’est du passé. Faute de vue directe sur l’extérieur, c’est pourtant ce décor qu’offraient jusque-là toutes les fenêtres des soins intensifs, qui donnent sur un étroit espace intérieur où la lumière du jour arrive d’en haut, à travers une verrière.

Depuis cet été, l’horizon a complètement changé. Sur la paroi qui fait face aux lits, l’artiste neuchâtelois KESH a réalisé une vaste fresque représentant le lac, avec les montagnes en arrière-plan et une végétation généreuse.

À l’origine du projet : Marie-Pierre Chambet Cousin, infirmière spécialisée aux soins intensifs du RHNe et coordinatrice locale pour le don d’organes et de tissus. L’idée est née d’un don de la section neuchâteloise de Nez Rouge, initialement destiné à l’ANeDiT (Association neuchâteloise des dialysés et transplantés). Cette dernière ayant cessé ses activités, Marie-Pierre Chambet Cousin a proposé de réorienter ce montant pour redonner vie à cet espace un peu vieillissant. Le RHNe a complété le financement pour l’aménagement qui prolonge la fresque.

 

Marie-Pierre Chambet Cousin © Guillaume Perret

Comment est née l’idée de transformer le mur bordant les soins intensifs du RHNe en paysage ?
Marie-Pierre Chambet Cousin : La configuration de l’hôpital fait que la luminosité naturelle est rare dans ce service. Cet espace avait été pensé, à l’origine, pour accueillir de vraies plantes. Elles ont été remplacées par des plantes en plastique, qui se sont dégradées avec le temps. C’était pourtant le seul endroit qui laissait entrer la lumière du jour et il devenait de plus en plus déprimant. Peu à peu, il a été laissé à l’abandon : un lieu profondément triste, qui ne ressemblait plus à rien. L’idée avec cette fresque et son décor était d’offrir aux personnes hospitalisées un point de vue, un peu de nature, la possibilité de s’évader, même brièvement. Le bleu du mur apporte d’ailleurs de la lumière jusque dans le couloir.

Quel est l’impact de cette fresque et de cet environnement plus végétal sur les personnes qui passent par les soins intensifs ?
Ce décor apporte un peu de joie, de lumière, une forme de sérénité, un moment d’évasion, même si tous les lits ne se trouvent pas à proximité du mur. Il permet de se dire : « Je suis ici pour l’instant, mais je pourrai bientôt revoir le lac. » C’est une manière de donner un peu d’espoir, de permettre de penser à autre chose. La fresque seule n’aurait sans doute pas eu le même effet. C’est l’ensemble de l’aménagement qui rend ce lieu vraiment beau et cohérent. Merci au RHNe pour sa participation à ce projet.

« L’idée était d’offrir aux personnes hospitalisées un point de vue, un peu de nature, la possibilité de s’évader, même brièvement »

Vous dites que cette fresque permet de penser un peu à autre chose. Quelles situations médicales rencontrez-vous le plus souvent aux soins intensifs ?
Nous accueillons des patients porteurs de pathologies lourdes, souvent en phase post-opératoire, que nous surveillons de très près. Beaucoup présentent des défaillances organiques ou multi-organiques : insuffisances cardiaques ou respiratoires, chocs septiques nécessitant des traitements complexes et une surveillance accrue. Nous assurons aussi des surveillances neurologiques, par exemple après un AVC ou une tentative de suicide. Des patients nous sont parfois envoyés des hôpitaux universitaires, souvent pour de longs séjours, notamment pour sevrage respiratoire. Et malheureusement, des décès surviennent aussi : environ 30 par année, sur près de 1000 patients pris en charge.

Ce projet vise aussi à rendre l’environnement des soins intensifs plus humain. Quelle place cette dimension occupe-t-elle plus largement dans votre travail ?
C’est une dimension que nous apprenons dès notre formation : avoir de l’empathie, mais aussi de la franchise. Cette franchise est parfois difficile à communiquer et pas toujours bien reçue. Cela passe par des reformulations, des entretiens successifs. Certaines situations se déroulent simplement, d’autres sont beaucoup plus compliquées ; il n’est pas toujours facile de mettre des mots entendables sur des réalités difficiles. C’est un équilibre entre prendre soin de manière globale et faire preuve d’une empathie adaptée à chaque situation. Et cette globalité inclut aussi la famille du patient.

Qu’est-ce qui reste, selon vous, le plus méconnu de la réalité des soins intensifs ?
Sans doute la gravité réelle de l’état des patients. Ce sont parfois des personnes âgées qu’on n’a pas vu vieillir au quotidien : en arrivant aux soins intensifs, les familles prennent souvent conscience de la réalité et ce sont rarement de bonnes nouvelles. Une grande partie de notre temps est consacrée à informer les proches et les patients, à essayer de cerner la véritable volonté de la personne soignée. Nous passons énormément de temps en entretien avec les familles. Il faut aussi garder à l’esprit qu’en médecine, plus n’est pas toujours synonyme de mieux : notre rôle est de trouver le niveau de soins qui correspond réellement aux attentes du patient, qui ne sont pas toujours celles de ses proches. En somme, nous essayons de soigner les proches en même temps que les patients.

 

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