Le chef de département Marc-Olivier Sauvain a initié la chirurgie robotique au RHNe avec son collègue urologue Daniel Nguyen en février 2025. Il tire un bilan positif de cette première phase de test.
«Grandes incisions, grand chirurgien.» L’adage a longtemps fait autorité dans les blocs opératoires des hôpitaux suisses et européens. Il a fallu attendre l’apparition de la laparoscopie, dans les années 1970, pour le mettre au rebut. La chirurgie robotique s’inscrit dans la même logique mini-invasive, avec de petites incisions qui réduisent les douleurs, la taille des cicatrices et le temps de récupération. La chirurgie robotique se développe depuis une quinzaine d’années, d’abord aux États-Unis puis en Europe. Elle est en phase de test depuis février 2025 au sein du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe). Chef du département de chirurgie, le Prof Marc-Olivier Sauvain a été le premier à être formé au robot avec le Dr Daniel Nguyen, chef de service en urologie. Entretien.

Prof Marc-Olivier Sauvain © Guillaume Perret
Quel bilan tirez-vous de ces 12 premiers mois de pratiques de la chirurgie robotique ?
Prof Marc-Olivier Sauvain: Le bilan est très positif. On a réussi à fédérer toute une équipe autour du projet. Ce n’était pas gagné d’avance: tout changement est une source de stress. Dès le départ, on a impliqué toutes les personnes qui allaient participer au projet. On a très vite senti un fort engouement. L’autre motif de satisfaction a trait à la technologie elle-même: pour certaines pathologies, le robot nous permet d’opérer de manière plus sécuritaire et efficace.
Comment décrivez-vous la chirurgie robot-assistée ?
Je dirais que c’est un apport technologique qui permet d’être plus efficace. C’est une extension technologique de la main et du regard du chirurgien. C’est toujours le chirurgien qui tient les commandes. Rien ne se passe si on ne le décide pas.
Avez-vous le sentiment de «mieux opérer» grâce au robot, ou simplement «différemment» ?
J’ai vraiment le sentiment de mieux opérer. Je vois mieux, mes gestes sont plus précis. En laparoscopie, c’est parfois compliqué d’opérer avec des instruments qui ressemblent à de longues baguettes. Pour des opérations dans la cavité abdominale, le bras de levier est souvent important, ce qui rend le geste plus complexe. Avec le robot, c’est toujours la même précision. Certes, ceci n’est pas encore démontré par des études, car cela nécessite d’avoir des cohortes de patients gigantesques. Un autre point important: l’ergonomie pour le chirurgien. Avec la laparoscopie, on a rapidement mal à la nuque et aux épaules. Avec le robot, on est assis en face de son écran. Pour une intervention de 5 à 6 heures, ce n’est pas négligeable, je vous assure.

Le Prof Marc-Olivier Sauvain aux commandes du robot chirurgical au bloc opératoire de Pourtales © Guillaume Perret
Est-ce comparable au vol aux instruments pour un pilote de ligne ?
Non, il n’y a pas de boutons «autopilote» pour opérer. C’est en cours de développement pour certains types de procédures, mais on n’y est pas du tout. Par contre, des innovations d’aide au chirurgien sont en train d’émerger, comme la réalité augmentée. On pourra surexposer des images sur l’écran qui nous donneront des indications sur le site opératoire. L’intelligence artificielle va aussi être intégrée. Elle pourra nous avertir par exemple: «Attention, vous risquez de trouver un vaisseau derrière cette paroi.» Pour revenir à l’automatisation, c’est avant tout une question de responsabilité: un chirurgien doit-il être dans la salle? Que se passe-t-il si ce n’est pas le cas? Aujourd’hui, on accepte peu à peu l’automatisation pour des métros et des voitures. Pour la chirurgie, il y a encore un grand «gap» à franchir.
Faut-il avoir peur qu’un robot tombe en panne pendant une opération ?
Non, c’est extrêmement rare. Mais si ça arrive, on est entraîné. On a suivi une formation dédiée au Centre de formation en chirurgie mini-invasive de Strasbourg (IRCAD). Il y a des protocoles de sécurité en cas d’incident. S’il y a une panne d’électricité, on dispose d’un petit générateur. Si une pince ne fonctionne pas, on a des procédures de secours. En une année, on n’a eu aucun incident majeur. Il y a eu une fois une pince qui ne s’est pas ouverte correctement. Cela a entraîné un retard de 5 minutes, rien de plus. La société Medtronic, qui a développé le robot Hugo, met également à disposition un ingénieur dans la salle pour chaque opération. Ils peuvent aussi proposer des opérateurs spécialisés pour une intervention spécifique – ce statut de formateur est défini par le nombre de cas réalisés, comme pour les heures de vol d’un pilote de ligne. J’ai obtenu ce statut, cela veut dire que je peux désormais former la relève.
Quels types d’interventions sont les plus souvent réalisées avec un robot ?
Les interventions minimales invasives en chirurgie viscérale, qu’il s’agisse de chirurgie de la paroi, colorectale pour les cancers ou d’autres types de pathologies. On a les mêmes indications que pour la chirurgie laparoscopique et plus encore car le robot élargit le champ des possibles. Ce qui semblait non réalisable en chirurgie minimale invasive devient possible. L’aspect financier reste un problème: d’une part par les coûts inhérents à ce type de chirurgie et d’autre part par des remboursements qui n’évoluent que peu ou très lentement.

Le robot chirurgical Hugo © Guillaume Perret
La chirurgie robotique restera-t-elle réservée aux hôpitaux des pays occidentaux, avec le renforcement d’une médecine à deux vitesses ?
Oui clairement, mais c’est déjà le cas avec la laparoscopie, qui reste peu répandue hors des pays développés. Ces innovations technologiques ont un coût très élevé. Mais les choses changent. Le marché s’ouvre et les prix sont déjà en train de diminuer sous l’effet d’un marché plus concurrentiel. Jusqu’il y a peu, une seule entreprise avait le monopole. Elle a donc pu imposer ses prix qui étaient clairement surfaits.
À terme, on peut imaginer que des robots soient installés dans des pays qui n’ont pas forcément les moyens de s’offrir cette technologie. Les opérations pourraient se faire à distance. Cela a déjà été réalisé il y a plus de 20 ans. Le 7 septembre 2001, le Prof Jacques Marescaux, de l’IRCAD, a opéré depuis New York un patient hospitalisé à Strasbourg de la vésicule biliaire. Cette prouesse transatlantique avait été baptisée Opération Lindbergh en clin d’oeil à la première traversée de l’Atlantique sans escale réalisée en 1927. Avec les attentats du 11 septembre, on en a très peu parlé.
Cette chirurgie robot-assistée à distance a déjà été réalisée notamment en Chine, mais cela reste encore anecdotique. Par contre, les consultations pré- et postopératoires par télémédecine sont déjà pratiquées régulièrement dans certains pays nordiques. Ce développement est également une des réponses pour combattre la pénurie annoncée de ressources humaines spécialisées. Ce sera un enjeu majeur dans le futur. Mais cela a des conséquences: il n’y a plus de contact physique avec le patient, on perd quelque chose. Et en cas de complication, il faut toujours avoir quelqu’un sur place pour faire une reprise. Heureusement, cela reste rare.
Est-ce que la chirurgie robotique modifie l’apprentissage des jeunes chirurgiens ?
Pas encore, mais ça commence. Aujourd’hui, ce sont plutôt des chirurgiens seniors qui se forment pour des raisons de disponibilité des machines. En Suisse, il n’y a qu’un nombre limité de robots, hormis aux HUG, qui ont pris de l’avance. Ils ont investi très rapidement et disposent de plusieurs plateformes. À terme, quand la technologie sera moins chère, ce sera un outil de recrutement. Sans robot, ce sera impossible d’attirer la relève.
Pour un hôpital, c’est donc aussi une question d’image…
Oui, d’attractivité, d’image et d’orientation vers le futur. À moyen terme, les hôpitaux formateurs ne pourront pas se passer d’un robot.
À quoi ressemblera selon vous un bloc opératoire dans 20 ans ?
En 2050, les hôpitaux qui subsisteront auront fait le virage technologique. En chirurgie, il y aura plusieurs robots par établissement avec des flux séparés pour l’ambulatoire et le stationnaire. Cette séparation des flux est assurément un défi plus important que la bascule technologique. En Suisse, la chirurgie ambulatoire représente à peine plus de 20% des prises en charge, contre plus de 80% pour les meilleurs pays au sein de l’OCDE. L’inversion de cette tendance va constituer un changement de paradigme majeur. Mais pour passer l’épaule, il faut absolument que les forfaits ambulatoires soient adaptés. Aujourd’hui, ils constituent un frein et incitent les hôpitaux à continuer à privilégier le stationnaire pour couvrir leurs coûts.
La gynécologie passe à son tour à la chirurgie robotique

De g. à dr.: Dr Daniel Nguyen, chef de service en urologie, Prof Marc-Olivier Dauvain, chef du département de chirugie, Dr Nikolaos Evangelopoulos, médecin-chef adjoint en gynécologie-obstétrique et Dr Yves Brünisholz, chef de département de gynécologie-obstétrique © Guillaume Perret
Durant la première année d’exploitation du robot Hugo, le Dr Daniel Nguyen (à gauche sur la photo) et le Prof Marc-Olivier Sauvain (2e depuis la gauche) étaient les seuls à l’utiliser, respectivement en urologie et en chirurgie viscérale. Comme cela était prévu, ils ont réalisé 100 interventions en 2025. Début janvier 2026, le déploiement de la chirurgie robotique a été effectué au sein du département de gynécologie avec les formations du Dr Yves Brünisholz, chef de département (tout à droite), et du Dr Nikolaos Evangelopoulos, médecin-chef adjoint.
Cette deuxième étape de la phase de test est réalisée en partenariat avec la compagnie Medtronic, qui prête le robot. Cela permet au RHNe de développer ses prises en charge en limitant fortement ses engagements financiers: l’hôpital cantonal ne supporte que le forfait fixe par intervention, couvrant l’ensemble des consommables et instruments nécessaires. Sur le plan technique, Medtronic prend également en charge la maintenance, les réparations en cas de dégâts au matériel et la présence d’un-e chirurgien-ne expert-e du robot jusqu’à l’autonomie complète des équipes.
La société propriétaire du robot a également assuré la formation certifiée des chirurgiens et du personnel soignant, garantissant une prise en main optimale du nouvel outil et un haut niveau de sécurité. Quant aux patient-e-s, ils/elles sont systématiquement informé-e-s des spécificités de cette technologie et donnent leur consentement éclairé avant toute intervention robotisée.
À l’issue des deux ans de test, début 2027, la location pourrait être prolongée avant une potentielle décision d’achat dans un domaine où les évolutions sont majeures et permanentes ces dernières années. S’il y a encore 15 ans, la chirurgie robotique était l’apanage des centres universitaires, elle est désormais largement répandue. On recense aujourd’hui plus de 60 robots de chirurgie assistée exploités en Suisse, avec une présence dans la très grande majorité des cantons.
Bio express du Prof Marc-Olivier Sauvain
1975 Naissance à Neuchâtel, maternité de Pourtalès
2001 Diplôme fédéral de médecine à Genève et début d’une formation à l’EPFL en biologie moléculaire et génétique
2006 Thèse en biologie moléculaire (MD-PhD) à l’EPFL
2011 FMH en chirurgie à l’Hôpital universitaire de Zurich
2016 Titre de sous-spécialisation en chirurgie viscérale
2017 Arrivée au RHNe
2019 Cours de management à la HEC Saint-Gall
2023 Nommé chef du département de chirurgie
2026 Nommé à la présidence de la Société suisse de chirurgie (SSC)
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